28.06.2006
Quand un désir piétine un désir
Tu sucras la lune
Et Lune sombra
Sans réserve aucune
Dans l'écueil de tes bras
Et Lune voulut partir
Dans la nuit incandescente
Loin de leur joie indécente
De l'échos sanglant du rire
10:00 Publié dans Divagations merkuréenne | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : poésie, croqueurs, merka, folk, onirique
26.06.2006
Conte
C'étaient deux gamins sur une plage anthracite, comme noircie par l'amiante. La fille, pieds meurtris pour avoir trop batiffolé dans les bans de coraux acidulés, babillait tout en jetant joyeusement des poignées de sable sur le gâteau humide qu'ils tentaient d'édifier. Le garçon, tout absorbé dans la contemplation d'une bande de sirènes et d'oiseaux qui s'agitaient au loin, soupirait souvent, vaguement agacé par cette enfant bruyante et indocile qui se tenaient en face de lui. Les vagues , de temps à autres, venaient lécher les fondations de leur édifice qui s'émiettait lentement. Peu à peu, la fille se lassa. Elle se mit à geindre, car le sable et le sel avivaient ses plaies qui se refusaient à cicatriser. C'est avec méfiance qu'elle considérait à présent son compagnon de jeu et le flot de ses paroles se tarit peu à peu . À son tour elle se mit à soupirer. Soudain, d'un geste rageur, elle détruisit leur ridicule confection, fragile et bancale. Sans un mot, tous deux se séparèrent pour aller s'étendre sur le dos, pour savourer tout à la fois la distance qui les séparait désormais et la chaleur du soleil. Mais à mesure que les nuages s'écartaient du disque pâle et hésitant, leurs doigts se rapprochaient. Bientôt entremêlées, leurs mains sûrent se signifier l'une à l'autre la nécessité de recommencer leur entreprise. La fille recommença le jeu en y mettant plus d'application bien qu'un rire incontrôlable secoua parfois son sérieux. Le garçon, quant à lui, semblait faire preuve de plus d'indulgence, disant parfois à sa partenaire : “Vois, c'est comme cela qu'il faut faire” et lui adressant souvent de larges sourires.
Soudain, le garçon dit : “Il faut ...”, il s'arrêta pour vérifier qu'il avait toute son attention, alors qu'un de ses rires l'avait prise et que son regard se perdait entre la presqu'île recouverte de corail déchiqueté et les jeux indolents des ondines. “Il faut,” poursuivit-il en haussant le ton “que tu m'apportes quelque chose”. Le regard de la fille se fit interrogateur et elle cessa de s'agiter. “Quelque chose d'utile.” précisa le garçon. Elle se leva alors, passa d'un geste familier ses doigts dans le cresson roux qui frangeait le front de son camarade et s'en fut en sautillant. Ses pieds, à vifs, la faisaient encore souffrir, mais la douleur était devenu tolérable, désormais.
Ses pas la menèrent jusqu'à la hutte que ses parents avaient battis pour elle et qu'elle avait garni de toutes sortes de curiosités. “Quelque chose d'utile ...” murmura-t-elle, pensive “Et pourquoi pas ce cabanon ? Il m'a vue arrondir pour la première fois mes lèvres pour former des mots, il m'a vue me dresser sur mes jambes pour marcher. C'est un lieu familier et bon.”. Les bambous souples qui formaient les murs se mirent à gémir et les palmes qui recouvraient le toit à bruisser, comme pour lui dire : “Non. Vous n'avez pas achevé ce que vous avez commencé. Votre gâteau de sable n'est pas à l'abri des vagues jalouses ou des filles de l'eau insouciantes et cyniques. Lorsqu'il sera détruit, ton ami quittera nos murs définitivement et nous n'aurons plus qu'à devenir de pauvres morceaux de bois flotté qui iraient s'échouer sur des plages lointaines. Quant à toi, tu perdrais du même coup ta maison et ton bonheur.” La petite fille fut sensible a ces arguments et, avisant le petit carré d'azur que l'on voyait à travers la lucarne, soupira : “Ciel ! Si seulement tu pouvais me cèder ce petit morceau-là ! Il comprendrait en le contemplant que ses yeux ont un éclat plus intense encore.” Le ciel s'assombrit et se mit à gronder. Il semblait lui dire : “Ce cadeau ne lui appotera que vanité et orgueil. Il perdra l'envie de prendre ta main ou de t'accompagner dans tes jeux.” La fillette se détourna alors résolument de la lucarne et s'adressa au débris de corail pourpre qui ornait le mur. “Toi dont la beauté ne pourra que l'émouvoir. Accepte que je t'offre à lui.” Le morceau de corail tomba à terre et se brisa, comme pour lui signifier : “Je ne t'ai jamais détesté, mais tu sais que je peux te causer de la douleur. Si j'avais pu, j'aurais attenué mes asperités, ainsi que celles de tous mes semblables. Mais, je ne te veux aucun mal, et je ne veux plus que tu vienne te blesser à nos éclats tranchants. Alors soit sage, ne lui offre pas les instruments de tes souffrances”
La fille délaissa alors ce lieu qui l'avait vu grandir et retourna sur la plage. Elle se mit à lancer des pierres plattes sur les oiseaux qui volaient en cercle autour d'elle. Trop de fois, on lui avait préféré ces animaux à plumes. L'un d'eux, heurté de plein fouet par l'un de ses projectiles, tomba à terre en tournoyant. Il n'avait pas été blessé, mais la pierre l'avait légérement assomé. Honteuse, elle le ranima et s'excusa. L'oiseau lui remit alors l'une de ses plumes : “Cela n'a rien d'utile. Mais cela lui montrera que tu as pardonné.” La jeune fille remercia l'oiseau et retourna auprès du garçon.
“Prend !” dit-elle en lui tendant la plume “Car si tu la gardes auprès de toi, tu te souviendra de moi à chaque vol d'oiseau.”. Elle se plaça ensuite au plus près de la mer et commença à ériger une muraille : “Voilà ce qui nous sera utile. Voilà ce qui protégera ce que nous avons construit.”. Et, lorsque la muraille fut terminée, elle creusa des douves pour contenir l'eau salée. Enfin, elle posa la dernière poignée de sable sur leur œuvre.
Ce que cette histoire ne raconte pas, c'est ce qu'il advint de ces deux êtres et de leur gâteau. Peut-être ont -ils quitté cette plage depuis longtemps, peut-être sont'ils encore là, à consolider la muraille, ou peut-être ont ils disparu dans le cabanon, pour se protéger du soleil nu.
16:45 Publié dans Divagations merkuréenne | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : poésié, merka, croqueurs, étoiles, dionysos











