05.07.2006

Passé poisseux [old]

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Le jus des mégots écrasés encrasse
Les attaches du toit
Effluves tristes et chair lasse
Du tabac froid
Que fondent les lèvres endurcies et crasses
Des enfants rois
Que ces éternelles retrouvailles tassent
De désarroi
 
Les vieux spectres se délassent
Sur la paroi
Peut-on sonder leur surface
Sans rester coi ?
Sans que nos larcins anciens ne grimacent
Sur le billot de bois
Et que nos yeux ne ressassent
Les feux grivois
 
L’ardeur lézarde les cuirasses
Des mots étroits
L’éternelle ardeur brise-glace
De nos ébats
Et dans l’aphasie vorace
L’effroi sournois
Suggère de faire volte-face
Cahin-caha
 
Reste une rancœur tiédasse
Au fond des rince-doigts
Et le dégoût infiltre les crevasses
De nos émois
Tu lâches dans le tohu-bohu du postface
Un alinéa
Un allumoir que je ramasse
En mon carquois
 
Cède là cette carcasse,
Rentre chez toi
Avant que la déraison coriace
Comme de la poix
Ne vienne vagir sous nos terrasses
Encore une fois
Embourbée dans les traces tenaces
D’autrefois —pouah !
 
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Illustration originale exéctuée par Aakash pour le texte. 

Les aventure de Patricia N. Froggy-Ribbit-Ribbit

Nonsense
 
C’est l’histoire de l’héroïne d’un Harlequin qui veut s’échapper. Elle a un nom à coucher dehors et elle est dactylo. Mais au fond d’elle quelque chose refuse le beau et riche héritier ténébreux qu’elle va rencontrer et qui va la faire succomber grâce à sa troublante Jaguar vert-émeraude.

Patricia Froggy-ribbit-ribbit pensait à l’Antarctique. Ça la prenait souvent en fait. Le soir surtout. Quand elle n’entendait plus le bruit des machines à écrire, quand elle se trouvait seule face à son papier-peint Art-Nouveau et sa copie des Nymphéas dans son petit vingt mètres si désespérément carré. Elle aurait bien aimé ressembler à "Ma sorcière bien aimée", où à n’importe quelle autre héroïne de son temps —Madame Pierrafeu ou Betty Boop par exemple. Mais bon, en ce moment elle ne pensait pas à ce qu’elle voulait être, elle pensait à l’Antarctique et à tout son folklore de neige, de glace, à perte de vue. Elle venait d’exister, dix lignes plus haut sur une feuille format A4, Police Times, Taille 12, alignement justifié …onze lignes maintenant. Elle avait un poisson rouge nommé Wanda, elle l’avait vu naître. Dans son enfance, elle avait peut-être habité le Connecticut ou l’Australie, elle ne savait pas très bien, elle aurait bien aimé être née en Sibérie, en Alaska, au Groenland, bref, n’importe où qui ressemble un tant soit peu à l’Antarctique. Elle avait un joli miroir. Elle aimait bien se regarder et réciter à voix haute :— J’aime bien ma silhouette liane, ma poitrine généreuse et mes yeux bleus. Ma peau cuivrée trahit mes origines italiennes mais j’ai été élevée ici, à Londres. Mes cheveux sont « blond-vénitien » normal pour une italienne. Je ne suis qu’une simple dactylo. Je me sens laide, oh tellement laide, ma vie est ratée, je cherche l’amour, j’ai envie d’être en Antarctique, enveloppée dans une peau d’ours blanc. Mon patron conduit une Jaguar vert-émeraude, il est brun, grand, avec une mâchoire carrée, un visage dur mais des yeux incroyablement clairs. Il est sortit avec toutes mes collègues. C’est sûr il va me faire des avances. Je ne suis pas amoureuse de lui. Pourtant, c’est vrai il me trouble. Sa Jaguar verte se reflète dans ses yeux clairs. Sa mâchoire suggère un caractère puissant, il doit être Taureau, comme Wanda.
Elle s’approche encore du miroir. Elle tient un tube de rouge à lèvre dans sa main, sa couleur met en valeur ses lèvres pulpeuses, un peu comme celle de cette actrice française, B. B. qui s’est mariée avec un ________ , celle qui a montré ses fesses dans Le Mépris. Elle marque ANTARCTIQUE. Elle répète le mot plusieurs fois. Mais de toute façon ça ne va pas. Elle ferme les yeux, imagine un appareil photo magique.
CLIC CLIC CLIC TE VOILÀ EN ANTARCTIQUE.
Elle aime bien les appareils photo avec des gros objectifs. Elle aime bien aussi les panneaux lumineux dans le métro. On appuie sur un bouton, n’importe quelle station, et le trajet s’allume. Elle aime bien aussi Pete Doherty, même si elle milite contre la drogue. Sa sœur prenait de la drogue. Maintenant elle est … (elle hésite, elle a l’embarras du choix, un peu comme au super-marché) … à l’hôpital psychiatrique. Sa mère prenait de la drogue. Elle est ... (hésitation) … morte d’overdose. Son père prenait de la drogue. Il a … (un temps) … fait le coup de Jimmy Hendrix, sauf qu’il ne savait pas jouer de la guitare avec les dents, alors forcément, c’était moins classe. Non. En fait elle était fille unique, en fait son père ne l’avait jamais reconnue, et sa mère était toujours vivante, au fin fond de l’Oklahoma, avec une permanente ratée et des robes vulgaires en tissu synthétique, tout les samedis, son esthéticienne venait lui enlever les poils des oreilles. Non, c’était encore pire. Elle avait été fabriquée en laboratoire. Ses parents étaient deux chromosomes made in éprouvettes, il s’appelaient X et Y. Elle éclata en sanglot.
— NOOOON !
Il fallait qu’elle se remette les idées en place. Si elle continuait, elle allait devenir schizophrène, ou pire, célibataire.
— L'anomie (du grec an- : absence de, et nomos : nom, loi, ordre, structure) est l'état d'une société caractérisée par une désintégration des normes qui règlent la conduite des hommes et assurent l'ordre social. L’anomie c’est le chaos social. Je doit être une anomie. Est-ce qu’on peut dire je suis une anomie ? Non, on doit dire anome, comme dans mélanome. Je suis une anome. Je suis un électron bombardé de protons. IL FAUT QUE J’AILLE TRAVAILLER. Sinon, sinon je deviendrais une anome. Et je ne pourrais jamais m’asseoir dans la Jaguar vert-émeraude de mon patron et résister à son charme irrésistible.

Elle met son tailleur qui met en valeur sa silhouette liane de femme volontaire, dynamique. Elle va montrer à son patron qu’elle est la meilleure dactylo de toute l’entreprise. Elle va être promue dactylo en chef. Les tabloïds vont lui consacrer une page entière. Tout le monde se l’arrachera, on clouera une Remington sur sa tombe. Et un câble d’alimentation sortira de sa pierre tombale, et il plongera dans celle de son futur-mari. Et on leur consacrera des films : TRISTAN ET ISEULT RELOADED.

Quelqu’un sonne à la porte. Il était temps. Elle étouffe dans son vingt mètres si désespérément carré. C’est le paumé. Vous savez, ce garçon efflanqué aux os légèrement proéminents. Avec des boucles mordorées et des yeux noirs. Il a trouvé un chat dans la rue. C’est ce qu’il fait tout les jours. Et il cherche quelqu’un pour adopter le chat. Il en profite pour se faire adopter. Patricia se sent seule, au bord du célibat, alors elle l’héberge. Il joue de l’harmonica en dessous d’une potence et s’en va dans le soleil couchant du Far West en chantant Poor lonesome cowboy. Mais il n’a pas de cheval, il fait comme les Monthy Pythons, avec des noix de cocos. Il se présente après. Vladimir avec un W. Il vient d’Europe de l’est. Quand elle était petite, sa mère, Anna Markovna, allumait des bougies sous la photo de Staline. Et puis il aime bien les chats. Il est allé s’enchaîner à des poubelles comme les gens de Greenpeace pour protéger les chats errants. Le chat s’appèle Gricha Wladimirovitch, parce que W. le considère comme son propre fils. Patricia s’interroge sur la grammaire russe. Peut-on donner un patronyme à un animal ? Patricia accueille Gricha Wladimirovitch et lui fait de la bonne goulasch, pour ne pas le dépayser. Ensuite, elle voudrait prendre le S-Bahn de Berlin et elle ira à Alexander Platz parce que c’est le milieu de Berlin et que c’est moche, gris, déprimant ou alors, elle voudrait être en Antarctique. En fait, Vladimir s’écrit avec un W comme West, de Far West, mais il est plutôt moujik que cow-boy.

Il faut qu’elle se reprenne. Si elle continue, elle va devenir morne, ou pire, l’héroïne d’un film d’art et d’essai. Il faut qu’elle se concentre sur son métier de dactylo. Sur son patron qui va bientôt commencer à lui faire des avances qu’elle devra refuser avant de succomber au charmes du double pot d’échappement de sa Jaguar vert-émeraude.

On sonne à sa porte. Vladimir avec un W est torse nu dans la salle de bain. Il joue avec un canard en plastique jaune qui flotte dans une baignoire pleine d’eau chaude, à quarante degré Celsius ce qui fait en Farenheit …Gricha Wladimirovitch vient se frotter contre sa jambe. Elle frissonne. Il faut qu’elle aille ouvrir.
— Bonjour.
C’est son patron, Clark-Brian-Zane-Kyle Amberane. Elle fait semblant d’hésiter à le laisser entre.
— J’aime bien votre silhouette liane, commence-t-il, votre poitrine généreuse et vos yeux bleus. Votre peau cuivrée trahit vos origines italiennes mais on sent que vous avez été élevée ici, à Londres. Vos cheveux sont « blond-vénitien » normal pour une italienne. Vous n’êtes qu’une simple dactylo. Mais vous êtes belle, oh si belle, vous pensez que votre vie est ratée, vous cherchez l’amour, vous pensez trop souvent à l’Antarctique, c’est malsain. Je conduis une Jaguar vert-émeraude, je suis brun, grand, avec une mâchoire carrée, un visage dur mais des yeux incroyablement clairs. Je suis sorti avec toutes vos collègues. Vous dites ne pas être amoureuse de moi. Pourtant, c’est vrai je vous trouble. Ma Jaguar verte se reflète dans mes yeux clairs. Ma mâchoire suggère un caractère puissant, et en effet, je suis né sous le signe du Taureau, comme votre poisson, Wanda.
Patricia tourne la tête vers le bocal. Gricha Wladimirovitch regarde le poisson tourner.
— Vous aimez bien les chats ?
Nerveuse, elle répond :
— En lituanien, Patrica ça veut dire amie des chats, elle prend bien soin de rouler les r, Wladimir déteint sur elle, même dans ses accès de mythomanie.
— Patricia Frogy-ribbit-ribbit, vous êtes une femme fascinante, votre nom m’évoque la voix rauque des crapaud dans le soleil couchant. Un peu comme ma Jaguar vert-émeraude.
Patricia referme la porte.
— Appelez-moi Pat crie-t-elle à travers la paroi blindée.


Elle va dans la salle de bain, ou W. chante une chanson sur l’Antarctique. Il s’est mis dans le bain maintenant. Et son pantalon de pyjama en flanelle grise flotte autour de lui. Elle le rejoint. Son tailleur ne supporte pas l’eau, sa permanente non-plus, tant pis.
— Pourquoi sommes-nous à Londres alors que j’ai des origines italienne et que vous venez de l’Europe de l’Est ?
W. ne répond pas tout de suite. Il regarde les ronds dans l’eau. Cette expression est apoétique en un sens, mais ils s’en fichent l’un comme l’autre. La poésie ce n’est pas une hyperbole, la poésie c’est pouvoir écrire rond dans un poème, sans se sentir malade après.
— Peut-être, dit-il, que c’est le seul moyen de s’enfuir de la caverne.
Il chante sa chanson sur l’Antarctique, elle se débarrasse de ses vêtements.
— On ira tous en Antarctique, dit-elle.
— Toi, moi, Wanda Patriciovitch (et tant pis si les matronymes, ça n’existe pas) et Gricha Wladimirovitch.
— Tu as les cheveux mordorés et des cernes violâtres. Tu ne t’es pas rasé ce matin et ton menton est bleu.
— Tu as des nervures sur les lèvres, un peu comme celles des feuilles de platane. Ta bouche tremble toujours quand tu réfléchis.
— Tu as des callosités sur les doigts.
— Tu fumes des maïs en cachette, et tu les cales derrière tes oreille sans lobes, comme celle des assassins.
— Tu as une cicatrice sur le sourcil. Petit, tu as fait croire à tes amis que c’était parce que l’ennemi américain avait bombardé alors que tu prenais le soleil à côté du samovar, sur la terrasse de ta datcha. Mais en fait, tu t’es juste pris le coin d’une porte.
— Le matin, quand tu fronces les sourcils, tu as un π qui se forme sur ton front. Elle sort de sous la savonnette une petite bande de papier.
— Que j’aime à faire apprendre un nombre utile aux sages, déchiffre-t-elle, et le petit π s’affiche sur son front soucieux.
— 3,1415926535, renchérit-il.
— Le nombre π, c’est comme la Vérité. C’est presque une idée, au sens platonicien du terme, une idée pure
— … absconse (yeah). Oui, tu as raison, on suppose l’infinité chiffres qui suivent cette virgule, on peut en trouver beaucoup, mais on ne le saisira jamais entièrement. D’ailleurs, c’est un entier irrationnel. Le réel est-il rationnel ?
— Je me sens dans un état bizarre.
— Qu’est-ce qu’il t’arrive ?
— Je voudrais être en Antarctique.
— Je te comprend. Moi aussi, ça me manque souvent, plus que mes Carpates natales.
— J’ai toujours pensé qu’il y avait quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark.
Elle reprend la savonnette, elle la laisse fondre et trace avec le bout qui reste des lettres décousues sur les carreaux de la salle de bain.
B E G O N E V I L E I N SE CT
[miroir] M A D A Y HT E B O T THG OU I
En bas, elle trace : M. SHELLEY et en dessous : ANTARCTIQUE
— Pourquoi tu aimes les miroir ?
— Parce que je m’appelle Patricia N. Froggy-ribbit-ribbit.
— N pour Narcisse ?
— Oui, mon ancêtre était la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le bœuf, elle s’est noyée dans son reflet.
— Je croyais que tu étais une fille de chromosome …
— Je suis une fille de chromosome de grenouille.
— Génétiquement modifiés, non ?
— Sinon je coasserais.
— Essayons autre chose.
Il l’embrassa. Rien. Elle ne pris pas la forme de ses glorieux ancêtres.
— Ribbit-ribbit, minauda-t-elle.
Il l’embrassa à nouveau. Sa bouche avait le goût de l’odeur qu’on ajoute au gaz de cuisine, pas désagréable au fond. Il la voyait bien petite fille, avec des tresses blondes et des chaussures orthopédiques, comme dans les vieille réclames pour le chocolat Suchard.
— Elle était brune, fit remarquer Patricia.
— Qui ça ?
— La fille du chocolat Suchard.
— Mais je n'ai pas ...
— Tu l’as pensé, non ?
Il hoche la tête.
— Maintenant, à ton tour de me dire ton nom entier, dit-elle.
— Vladimir avec un W Odysseusovitch Sans-titre.
— Comme … Sans-titre ?
— Au menton céruléen, oui.
— Je ne m’attendais pas à de l’intertextualité. Comment … ?
Il élude la question.
— Il y a une brèche dans le carreau.
— Impossible.
— Ça signifie que ?
— Peut-être.
— Et si le Monde était amené à disparaître après ça ?
Il n’est pas contraire à la raison de préférer la destruction du monde entier à une égratignure de mon doigt.
— Dans ce cas … après toi.
La brèche s’agrandit, on pu sentir des effluves d’Antarctique, de désert glacé, d’enfer glacé. Il s’y engouffre le premier. Elle le suit. Plus rien. Ils sont passé de l’autre côté du carreau. Ils se sont échappés de la caverne. Les lettres de savons scintillent dans l’obscurité, quelqu’un a éteint les lumière avant de partir.
BEGONE VILE INSECT ! … BE GONE EVIL E IN SECT/BEG ONE VILE INSECT
I OUGHT TO BE THY ADAM …et plus bas en petite lettres : I am rather the fallen angelMais il fait froid en Antarctique a dis Lucifer (≠Satan).
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