16.07.2006

Plume [old]

Plume. Mes lèvres s’arrondissent autour de ton nom et te transforment en Ploum. Ma langue s’enroule, butte sur ta majuscule et bégaie en trébuchant. ploumploum. Tambourin des gouttes de pluie sur le velux, papillon-plume clignotant, pas furtifs d’un petit enfant. ploumploum aux yeux clairs comme un fond d’absinthe et au regard sombre comme une jungle étouffante, ploumploum à la bouche pleine d’étoiles liquides. Plume-Ploum-ploumploum, délice à prononcer, délice à embrasser. ploumploum sème des miettes aux coins de sa bouche. ploumploum ne veut pas dormir. ploumploum s’endort dans la lumière rouge. ploumploum joue à la mer. La vague naît de la pointe de son pied, gonfle le long de son ventre et vient exploser dans sa bouche en un soupir salé. Puis, elle se retire, semant derrière elle les deux mignons petits coquillages de ses oreilles, une frange d’algues humides sur son front et des dessins souriants sur son visage-plage. ploumploum se réveille avec du sable dans les yeux. ploumploum peint ses lèvres en rouge pour faire la grande. ploumploum pleure pour qu’on la console.

 

 

Ici, rien n’a changé, tu sais … mais je n’ai plus de sable au fond de mes chaussettes ; seulement les traces de tes quenottes dans mon cœur. Je me souviens surtout d’une infinie douceur … Plume.

 

 

Je défroisse les boules de papier. Retrouver les caprices de ploumploum, retrouver ses grands airs futiles. Petite bouche aux lèvres gonflées. Pieds qui trottinent sur le lino. Yeux grands comme ça, ronds comme des rondelles de citron. Paupières qui battent comme des rideaux par jour de grand vent. Sommeil calme, si calme qu’il m’empêche de dormir. ploumploum aime avoir froid. ploumploum aime être petite. ploumploum veut garder ses seize ans.

 

 

J’ai le cœur au bord des yeux, prêt à fondre ; mais ploumploum, mon petit glaçon, est allée bouder dans son frigo.

 

 

J’ai rencontré ploumploum un soir de pluie. Tout était infiniment brillant sous la pluie battante. ploum avait les cheveux mouillés et les yeux rieurs. Elle jouait ; mais il y avait quelque chose de sérieux dans sa manière de rire. ploumploum ne jouait pas. ploum était triste, emmitouflée dans sa parka trop grande pour elle. ploum avait le visage rond comme un galet chaud, des mains minuscules ; et moi, je l’écoutais chanter.

 

 

Et puis, un matin, une dernière trace de rouge à lèvre sur un coin de fenêtre et un petit mot tracé en dessous : Voilà.

 

 

J’écris des lettres à ploum, tellement longues que ça doit la faire bâiller. Pourtant, je ne met rien dedans, je ne lui demande même pas de revenir. Et en bas, en petites lettres, si petites qu’elle ne pourra jamais les lire, je signe : Clément. ploum m’a raturé au rouge à lèvre. Voilà.

 

 

ploumploum frétille, scintille et s’éparpille ; mais elle ne sait pas donner. Voilà.
medium_11aaaaa.2.jpg

07.07.2006

Ebauche [old]

Dis-moi les fleurs écarlates
écloses sur ses joues d'enfant
dis-moi les mots qu'il frelate
ces tics qu'il sème à tout vent

 

Dis-moi sa désinvolture
et écoute la rhapsodie
amère d'une boursouflure
noyée de mélancolie

 

Un soir blème de lune absente
suffocant de mille naufrage
je devîns l'île phosphorescente
où il s'échoua sans amarrage

 

Il s'endormit dans les décombres
yeux nus, bouche indécente
vulnérable dans la pénombre
rouge des lendemains qui hantent

medium_11aaaaa.2.jpg

 


05.07.2006

Passé poisseux [old]

medium_passepoisseu
 
 
 
Le jus des mégots écrasés encrasse
Les attaches du toit
Effluves tristes et chair lasse
Du tabac froid
Que fondent les lèvres endurcies et crasses
Des enfants rois
Que ces éternelles retrouvailles tassent
De désarroi
 
Les vieux spectres se délassent
Sur la paroi
Peut-on sonder leur surface
Sans rester coi ?
Sans que nos larcins anciens ne grimacent
Sur le billot de bois
Et que nos yeux ne ressassent
Les feux grivois
 
L’ardeur lézarde les cuirasses
Des mots étroits
L’éternelle ardeur brise-glace
De nos ébats
Et dans l’aphasie vorace
L’effroi sournois
Suggère de faire volte-face
Cahin-caha
 
Reste une rancœur tiédasse
Au fond des rince-doigts
Et le dégoût infiltre les crevasses
De nos émois
Tu lâches dans le tohu-bohu du postface
Un alinéa
Un allumoir que je ramasse
En mon carquois
 
Cède là cette carcasse,
Rentre chez toi
Avant que la déraison coriace
Comme de la poix
Ne vienne vagir sous nos terrasses
Encore une fois
Embourbée dans les traces tenaces
D’autrefois —pouah !
 
medium_t-t_signature233.4.jpg
 
Illustration originale exéctuée par Aakash pour le texte. 

Les aventure de Patricia N. Froggy-Ribbit-Ribbit

Nonsense
 
C’est l’histoire de l’héroïne d’un Harlequin qui veut s’échapper. Elle a un nom à coucher dehors et elle est dactylo. Mais au fond d’elle quelque chose refuse le beau et riche héritier ténébreux qu’elle va rencontrer et qui va la faire succomber grâce à sa troublante Jaguar vert-émeraude.

Patricia Froggy-ribbit-ribbit pensait à l’Antarctique. Ça la prenait souvent en fait. Le soir surtout. Quand elle n’entendait plus le bruit des machines à écrire, quand elle se trouvait seule face à son papier-peint Art-Nouveau et sa copie des Nymphéas dans son petit vingt mètres si désespérément carré. Elle aurait bien aimé ressembler à "Ma sorcière bien aimée", où à n’importe quelle autre héroïne de son temps —Madame Pierrafeu ou Betty Boop par exemple. Mais bon, en ce moment elle ne pensait pas à ce qu’elle voulait être, elle pensait à l’Antarctique et à tout son folklore de neige, de glace, à perte de vue. Elle venait d’exister, dix lignes plus haut sur une feuille format A4, Police Times, Taille 12, alignement justifié …onze lignes maintenant. Elle avait un poisson rouge nommé Wanda, elle l’avait vu naître. Dans son enfance, elle avait peut-être habité le Connecticut ou l’Australie, elle ne savait pas très bien, elle aurait bien aimé être née en Sibérie, en Alaska, au Groenland, bref, n’importe où qui ressemble un tant soit peu à l’Antarctique. Elle avait un joli miroir. Elle aimait bien se regarder et réciter à voix haute :— J’aime bien ma silhouette liane, ma poitrine généreuse et mes yeux bleus. Ma peau cuivrée trahit mes origines italiennes mais j’ai été élevée ici, à Londres. Mes cheveux sont « blond-vénitien » normal pour une italienne. Je ne suis qu’une simple dactylo. Je me sens laide, oh tellement laide, ma vie est ratée, je cherche l’amour, j’ai envie d’être en Antarctique, enveloppée dans une peau d’ours blanc. Mon patron conduit une Jaguar vert-émeraude, il est brun, grand, avec une mâchoire carrée, un visage dur mais des yeux incroyablement clairs. Il est sortit avec toutes mes collègues. C’est sûr il va me faire des avances. Je ne suis pas amoureuse de lui. Pourtant, c’est vrai il me trouble. Sa Jaguar verte se reflète dans ses yeux clairs. Sa mâchoire suggère un caractère puissant, il doit être Taureau, comme Wanda.
Elle s’approche encore du miroir. Elle tient un tube de rouge à lèvre dans sa main, sa couleur met en valeur ses lèvres pulpeuses, un peu comme celle de cette actrice française, B. B. qui s’est mariée avec un ________ , celle qui a montré ses fesses dans Le Mépris. Elle marque ANTARCTIQUE. Elle répète le mot plusieurs fois. Mais de toute façon ça ne va pas. Elle ferme les yeux, imagine un appareil photo magique.
CLIC CLIC CLIC TE VOILÀ EN ANTARCTIQUE.
Elle aime bien les appareils photo avec des gros objectifs. Elle aime bien aussi les panneaux lumineux dans le métro. On appuie sur un bouton, n’importe quelle station, et le trajet s’allume. Elle aime bien aussi Pete Doherty, même si elle milite contre la drogue. Sa sœur prenait de la drogue. Maintenant elle est … (elle hésite, elle a l’embarras du choix, un peu comme au super-marché) … à l’hôpital psychiatrique. Sa mère prenait de la drogue. Elle est ... (hésitation) … morte d’overdose. Son père prenait de la drogue. Il a … (un temps) … fait le coup de Jimmy Hendrix, sauf qu’il ne savait pas jouer de la guitare avec les dents, alors forcément, c’était moins classe. Non. En fait elle était fille unique, en fait son père ne l’avait jamais reconnue, et sa mère était toujours vivante, au fin fond de l’Oklahoma, avec une permanente ratée et des robes vulgaires en tissu synthétique, tout les samedis, son esthéticienne venait lui enlever les poils des oreilles. Non, c’était encore pire. Elle avait été fabriquée en laboratoire. Ses parents étaient deux chromosomes made in éprouvettes, il s’appelaient X et Y. Elle éclata en sanglot.
— NOOOON !
Il fallait qu’elle se remette les idées en place. Si elle continuait, elle allait devenir schizophrène, ou pire, célibataire.
— L'anomie (du grec an- : absence de, et nomos : nom, loi, ordre, structure) est l'état d'une société caractérisée par une désintégration des normes qui règlent la conduite des hommes et assurent l'ordre social. L’anomie c’est le chaos social. Je doit être une anomie. Est-ce qu’on peut dire je suis une anomie ? Non, on doit dire anome, comme dans mélanome. Je suis une anome. Je suis un électron bombardé de protons. IL FAUT QUE J’AILLE TRAVAILLER. Sinon, sinon je deviendrais une anome. Et je ne pourrais jamais m’asseoir dans la Jaguar vert-émeraude de mon patron et résister à son charme irrésistible.

Elle met son tailleur qui met en valeur sa silhouette liane de femme volontaire, dynamique. Elle va montrer à son patron qu’elle est la meilleure dactylo de toute l’entreprise. Elle va être promue dactylo en chef. Les tabloïds vont lui consacrer une page entière. Tout le monde se l’arrachera, on clouera une Remington sur sa tombe. Et un câble d’alimentation sortira de sa pierre tombale, et il plongera dans celle de son futur-mari. Et on leur consacrera des films : TRISTAN ET ISEULT RELOADED.

Quelqu’un sonne à la porte. Il était temps. Elle étouffe dans son vingt mètres si désespérément carré. C’est le paumé. Vous savez, ce garçon efflanqué aux os légèrement proéminents. Avec des boucles mordorées et des yeux noirs. Il a trouvé un chat dans la rue. C’est ce qu’il fait tout les jours. Et il cherche quelqu’un pour adopter le chat. Il en profite pour se faire adopter. Patricia se sent seule, au bord du célibat, alors elle l’héberge. Il joue de l’harmonica en dessous d’une potence et s’en va dans le soleil couchant du Far West en chantant Poor lonesome cowboy. Mais il n’a pas de cheval, il fait comme les Monthy Pythons, avec des noix de cocos. Il se présente après. Vladimir avec un W. Il vient d’Europe de l’est. Quand elle était petite, sa mère, Anna Markovna, allumait des bougies sous la photo de Staline. Et puis il aime bien les chats. Il est allé s’enchaîner à des poubelles comme les gens de Greenpeace pour protéger les chats errants. Le chat s’appèle Gricha Wladimirovitch, parce que W. le considère comme son propre fils. Patricia s’interroge sur la grammaire russe. Peut-on donner un patronyme à un animal ? Patricia accueille Gricha Wladimirovitch et lui fait de la bonne goulasch, pour ne pas le dépayser. Ensuite, elle voudrait prendre le S-Bahn de Berlin et elle ira à Alexander Platz parce que c’est le milieu de Berlin et que c’est moche, gris, déprimant ou alors, elle voudrait être en Antarctique. En fait, Vladimir s’écrit avec un W comme West, de Far West, mais il est plutôt moujik que cow-boy.

Il faut qu’elle se reprenne. Si elle continue, elle va devenir morne, ou pire, l’héroïne d’un film d’art et d’essai. Il faut qu’elle se concentre sur son métier de dactylo. Sur son patron qui va bientôt commencer à lui faire des avances qu’elle devra refuser avant de succomber au charmes du double pot d’échappement de sa Jaguar vert-émeraude.

On sonne à sa porte. Vladimir avec un W est torse nu dans la salle de bain. Il joue avec un canard en plastique jaune qui flotte dans une baignoire pleine d’eau chaude, à quarante degré Celsius ce qui fait en Farenheit …Gricha Wladimirovitch vient se frotter contre sa jambe. Elle frissonne. Il faut qu’elle aille ouvrir.
— Bonjour.
C’est son patron, Clark-Brian-Zane-Kyle Amberane. Elle fait semblant d’hésiter à le laisser entre.
— J’aime bien votre silhouette liane, commence-t-il, votre poitrine généreuse et vos yeux bleus. Votre peau cuivrée trahit vos origines italiennes mais on sent que vous avez été élevée ici, à Londres. Vos cheveux sont « blond-vénitien » normal pour une italienne. Vous n’êtes qu’une simple dactylo. Mais vous êtes belle, oh si belle, vous pensez que votre vie est ratée, vous cherchez l’amour, vous pensez trop souvent à l’Antarctique, c’est malsain. Je conduis une Jaguar vert-émeraude, je suis brun, grand, avec une mâchoire carrée, un visage dur mais des yeux incroyablement clairs. Je suis sorti avec toutes vos collègues. Vous dites ne pas être amoureuse de moi. Pourtant, c’est vrai je vous trouble. Ma Jaguar verte se reflète dans mes yeux clairs. Ma mâchoire suggère un caractère puissant, et en effet, je suis né sous le signe du Taureau, comme votre poisson, Wanda.
Patricia tourne la tête vers le bocal. Gricha Wladimirovitch regarde le poisson tourner.
— Vous aimez bien les chats ?
Nerveuse, elle répond :
— En lituanien, Patrica ça veut dire amie des chats, elle prend bien soin de rouler les r, Wladimir déteint sur elle, même dans ses accès de mythomanie.
— Patricia Frogy-ribbit-ribbit, vous êtes une femme fascinante, votre nom m’évoque la voix rauque des crapaud dans le soleil couchant. Un peu comme ma Jaguar vert-émeraude.
Patricia referme la porte.
— Appelez-moi Pat crie-t-elle à travers la paroi blindée.


Elle va dans la salle de bain, ou W. chante une chanson sur l’Antarctique. Il s’est mis dans le bain maintenant. Et son pantalon de pyjama en flanelle grise flotte autour de lui. Elle le rejoint. Son tailleur ne supporte pas l’eau, sa permanente non-plus, tant pis.
— Pourquoi sommes-nous à Londres alors que j’ai des origines italienne et que vous venez de l’Europe de l’Est ?
W. ne répond pas tout de suite. Il regarde les ronds dans l’eau. Cette expression est apoétique en un sens, mais ils s’en fichent l’un comme l’autre. La poésie ce n’est pas une hyperbole, la poésie c’est pouvoir écrire rond dans un poème, sans se sentir malade après.
— Peut-être, dit-il, que c’est le seul moyen de s’enfuir de la caverne.
Il chante sa chanson sur l’Antarctique, elle se débarrasse de ses vêtements.
— On ira tous en Antarctique, dit-elle.
— Toi, moi, Wanda Patriciovitch (et tant pis si les matronymes, ça n’existe pas) et Gricha Wladimirovitch.
— Tu as les cheveux mordorés et des cernes violâtres. Tu ne t’es pas rasé ce matin et ton menton est bleu.
— Tu as des nervures sur les lèvres, un peu comme celles des feuilles de platane. Ta bouche tremble toujours quand tu réfléchis.
— Tu as des callosités sur les doigts.
— Tu fumes des maïs en cachette, et tu les cales derrière tes oreille sans lobes, comme celle des assassins.
— Tu as une cicatrice sur le sourcil. Petit, tu as fait croire à tes amis que c’était parce que l’ennemi américain avait bombardé alors que tu prenais le soleil à côté du samovar, sur la terrasse de ta datcha. Mais en fait, tu t’es juste pris le coin d’une porte.
— Le matin, quand tu fronces les sourcils, tu as un π qui se forme sur ton front. Elle sort de sous la savonnette une petite bande de papier.
— Que j’aime à faire apprendre un nombre utile aux sages, déchiffre-t-elle, et le petit π s’affiche sur son front soucieux.
— 3,1415926535, renchérit-il.
— Le nombre π, c’est comme la Vérité. C’est presque une idée, au sens platonicien du terme, une idée pure
— … absconse (yeah). Oui, tu as raison, on suppose l’infinité chiffres qui suivent cette virgule, on peut en trouver beaucoup, mais on ne le saisira jamais entièrement. D’ailleurs, c’est un entier irrationnel. Le réel est-il rationnel ?
— Je me sens dans un état bizarre.
— Qu’est-ce qu’il t’arrive ?
— Je voudrais être en Antarctique.
— Je te comprend. Moi aussi, ça me manque souvent, plus que mes Carpates natales.
— J’ai toujours pensé qu’il y avait quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark.
Elle reprend la savonnette, elle la laisse fondre et trace avec le bout qui reste des lettres décousues sur les carreaux de la salle de bain.
B E G O N E V I L E I N SE CT
[miroir] M A D A Y HT E B O T THG OU I
En bas, elle trace : M. SHELLEY et en dessous : ANTARCTIQUE
— Pourquoi tu aimes les miroir ?
— Parce que je m’appelle Patricia N. Froggy-ribbit-ribbit.
— N pour Narcisse ?
— Oui, mon ancêtre était la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le bœuf, elle s’est noyée dans son reflet.
— Je croyais que tu étais une fille de chromosome …
— Je suis une fille de chromosome de grenouille.
— Génétiquement modifiés, non ?
— Sinon je coasserais.
— Essayons autre chose.
Il l’embrassa. Rien. Elle ne pris pas la forme de ses glorieux ancêtres.
— Ribbit-ribbit, minauda-t-elle.
Il l’embrassa à nouveau. Sa bouche avait le goût de l’odeur qu’on ajoute au gaz de cuisine, pas désagréable au fond. Il la voyait bien petite fille, avec des tresses blondes et des chaussures orthopédiques, comme dans les vieille réclames pour le chocolat Suchard.
— Elle était brune, fit remarquer Patricia.
— Qui ça ?
— La fille du chocolat Suchard.
— Mais je n'ai pas ...
— Tu l’as pensé, non ?
Il hoche la tête.
— Maintenant, à ton tour de me dire ton nom entier, dit-elle.
— Vladimir avec un W Odysseusovitch Sans-titre.
— Comme … Sans-titre ?
— Au menton céruléen, oui.
— Je ne m’attendais pas à de l’intertextualité. Comment … ?
Il élude la question.
— Il y a une brèche dans le carreau.
— Impossible.
— Ça signifie que ?
— Peut-être.
— Et si le Monde était amené à disparaître après ça ?
Il n’est pas contraire à la raison de préférer la destruction du monde entier à une égratignure de mon doigt.
— Dans ce cas … après toi.
La brèche s’agrandit, on pu sentir des effluves d’Antarctique, de désert glacé, d’enfer glacé. Il s’y engouffre le premier. Elle le suit. Plus rien. Ils sont passé de l’autre côté du carreau. Ils se sont échappés de la caverne. Les lettres de savons scintillent dans l’obscurité, quelqu’un a éteint les lumière avant de partir.
BEGONE VILE INSECT ! … BE GONE EVIL E IN SECT/BEG ONE VILE INSECT
I OUGHT TO BE THY ADAM …et plus bas en petite lettres : I am rather the fallen angelMais il fait froid en Antarctique a dis Lucifer (≠Satan).
medium_t-t_signature233.4.jpg
 

28.06.2006

Quand un désir piétine un désir

Tu sucras la lune
Et Lune sombra
Sans réserve aucune
Dans l'écueil de tes bras


Et Lune voulut partir
Dans la nuit incandescente
Loin de leur joie indécente
De l'échos sanglant du rire

medium_signature23.jpg

26.06.2006

Conte

   C'étaient deux gamins sur une plage anthracite, comme noircie par l'amiante. La fille, pieds meurtris pour avoir trop batiffolé dans les bans de coraux acidulés, babillait tout en jetant joyeusement des poignées de sable sur le gâteau humide qu'ils tentaient d'édifier. Le garçon, tout absorbé dans la contemplation d'une bande de sirènes et d'oiseaux qui s'agitaient au loin, soupirait souvent, vaguement agacé par cette enfant bruyante et indocile qui se tenaient en face de lui. Les vagues , de temps à autres, venaient lécher les fondations de leur édifice qui s'émiettait lentement. Peu à peu, la fille se lassa. Elle se mit à geindre, car le sable et le sel avivaient ses plaies qui se refusaient à cicatriser. C'est avec méfiance qu'elle considérait à présent son compagnon de jeu et le flot de ses paroles se tarit peu à peu . À son tour elle se mit à soupirer. Soudain, d'un geste rageur, elle détruisit leur ridicule confection, fragile et bancale. Sans un mot, tous deux se séparèrent pour aller s'étendre sur le dos, pour savourer tout à la fois la distance qui les séparait désormais et la chaleur du  soleil. Mais à mesure que les nuages s'écartaient du disque pâle et hésitant, leurs doigts se rapprochaient. Bientôt entremêlées, leurs mains sûrent se signifier l'une à l'autre la nécessité de recommencer leur entreprise. La fille recommença le jeu en y mettant plus d'application bien qu'un rire incontrôlable secoua parfois son sérieux. Le garçon, quant à lui, semblait faire preuve de plus d'indulgence, disant parfois à sa partenaire : “Vois, c'est comme cela qu'il faut faire” et lui adressant souvent de larges sourires. 
    Soudain, le garçon dit : “Il faut ...”, il s'arrêta pour vérifier qu'il avait toute son attention, alors qu'un de ses rires l'avait prise et que son regard se perdait entre la presqu'île recouverte de corail déchiqueté et les jeux indolents des ondines. “Il faut,” poursuivit-il en haussant le ton “que tu m'apportes quelque chose”. Le regard de la fille se fit interrogateur et elle cessa de s'agiter. “Quelque chose d'utile.” précisa le garçon. Elle se leva alors, passa d'un geste familier ses doigts dans le cresson roux qui frangeait le front de son camarade et s'en fut en sautillant. Ses pieds, à vifs, la faisaient encore souffrir, mais la douleur était devenu tolérable, désormais.
    Ses pas la menèrent jusqu'à la hutte que ses parents avaient battis pour elle et qu'elle avait garni de toutes sortes de curiosités. “Quelque chose d'utile ...” murmura-t-elle, pensive “Et pourquoi pas ce cabanon ? Il m'a vue arrondir pour la première fois mes lèvres pour former des mots, il m'a vue me dresser sur mes jambes pour marcher. C'est un lieu familier et bon.”. Les bambous souples qui formaient les murs se mirent à gémir et les palmes qui recouvraient le toit à bruisser, comme pour lui dire : “Non. Vous n'avez pas achevé ce que vous avez commencé. Votre gâteau de sable n'est pas à l'abri des vagues jalouses ou des filles de l'eau insouciantes et cyniques. Lorsqu'il sera détruit, ton ami quittera nos murs définitivement et nous n'aurons plus qu'à devenir de pauvres morceaux de bois flotté qui iraient s'échouer sur des plages lointaines. Quant à toi, tu perdrais du même coup ta maison et ton bonheur.” La petite fille fut sensible a ces arguments et, avisant le petit carré d'azur que l'on voyait à travers la lucarne, soupira : “Ciel ! Si seulement tu pouvais me cèder ce petit morceau-là ! Il comprendrait en le contemplant que ses yeux ont un éclat plus intense encore.” Le ciel s'assombrit et se mit à gronder. Il semblait lui dire : “Ce cadeau ne lui appotera que vanité et orgueil. Il perdra l'envie de prendre ta main ou de t'accompagner dans tes jeux.” La fillette se détourna alors résolument de la lucarne et s'adressa au débris de corail pourpre qui ornait le mur. “Toi dont la beauté ne pourra que l'émouvoir. Accepte que je t'offre à lui.” Le morceau de corail tomba à terre et se brisa, comme pour lui signifier : “Je ne t'ai jamais détesté, mais tu sais que je peux te causer de la douleur. Si j'avais pu, j'aurais attenué mes asperités, ainsi que celles de tous mes semblables. Mais, je ne te veux aucun mal, et je ne veux plus que tu vienne te blesser à nos éclats tranchants. Alors soit sage, ne lui offre pas les instruments de tes souffrances”
    La fille délaissa alors ce lieu qui l'avait vu grandir et retourna sur la plage. Elle se mit à lancer des pierres plattes sur les oiseaux qui volaient en cercle autour d'elle. Trop de fois, on lui avait préféré ces animaux à plumes. L'un d'eux, heurté de plein fouet par l'un de ses projectiles, tomba à terre en tournoyant. Il n'avait pas été blessé, mais la pierre l'avait légérement assomé. Honteuse, elle le ranima et s'excusa. L'oiseau lui remit alors l'une de ses plumes : “Cela n'a rien d'utile. Mais cela lui montrera que tu as pardonné.” La jeune fille remercia l'oiseau et retourna auprès du garçon. 
    “Prend !” dit-elle en lui tendant la plume “Car si tu la gardes auprès de toi, tu te souviendra de moi à chaque vol d'oiseau.”. Elle se plaça ensuite au plus près de la mer et commença à ériger une muraille : “Voilà ce qui nous sera utile. Voilà ce qui protégera ce que nous avons construit.”. Et, lorsque la muraille fut terminée, elle creusa des douves pour contenir l'eau salée. Enfin, elle posa la dernière poignée de sable sur leur œuvre.  
    Ce que cette histoire ne raconte pas, c'est ce qu'il advint de ces deux êtres et de leur gâteau. Peut-être ont -ils quitté cette plage depuis longtemps, peut-être sont'ils encore là, à consolider la muraille, ou peut-être ont ils disparu dans le cabanon, pour se protéger du soleil nu.  
 
medium_t-t_signature233.3.jpg

22.06.2006

Burial

À la tienne

Enterrons, enterrons ensemble cette vie de petite fille,
ses sanglots longs, ses violons secs et ses automnes nervurés.
Feuilles mortes, papiers croustillants, ratures nerveuses à ratifier
pour chercher —À la bonne heure !— un bonheur à exhumer.



Arrosons, arrosons ensemble ces peut-être qui scintillent,
ces deux êtres qui oscillent au fond du puit des impossibles,
là où la potence supporta longtemps le poids des ecto-plasmes
du plus creux de mes phobies. Et JE deviens AUTRE, auteur de gestes et de mots.


Déposons, déposons ensemble sous cette pierre qui vacille
les pétales arrachés à la désinvolture originelle de deux enfants aux désirs fous
ivres comme ces papillons gris-nicotines que l'on consume, pour cautériser le manque de l'autre.
Deux ans révolus —Enterrerons-nous aussi ce calendrier, jonché de symboles, qui minute l'ins-temps ?


medium_t-t_signature233.jpg