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26.06.2006
Conte
C'étaient deux gamins sur une plage anthracite, comme noircie par l'amiante. La fille, pieds meurtris pour avoir trop batiffolé dans les bans de coraux acidulés, babillait tout en jetant joyeusement des poignées de sable sur le gâteau humide qu'ils tentaient d'édifier. Le garçon, tout absorbé dans la contemplation d'une bande de sirènes et d'oiseaux qui s'agitaient au loin, soupirait souvent, vaguement agacé par cette enfant bruyante et indocile qui se tenaient en face de lui. Les vagues , de temps à autres, venaient lécher les fondations de leur édifice qui s'émiettait lentement. Peu à peu, la fille se lassa. Elle se mit à geindre, car le sable et le sel avivaient ses plaies qui se refusaient à cicatriser. C'est avec méfiance qu'elle considérait à présent son compagnon de jeu et le flot de ses paroles se tarit peu à peu . À son tour elle se mit à soupirer. Soudain, d'un geste rageur, elle détruisit leur ridicule confection, fragile et bancale. Sans un mot, tous deux se séparèrent pour aller s'étendre sur le dos, pour savourer tout à la fois la distance qui les séparait désormais et la chaleur du soleil. Mais à mesure que les nuages s'écartaient du disque pâle et hésitant, leurs doigts se rapprochaient. Bientôt entremêlées, leurs mains sûrent se signifier l'une à l'autre la nécessité de recommencer leur entreprise. La fille recommença le jeu en y mettant plus d'application bien qu'un rire incontrôlable secoua parfois son sérieux. Le garçon, quant à lui, semblait faire preuve de plus d'indulgence, disant parfois à sa partenaire : “Vois, c'est comme cela qu'il faut faire” et lui adressant souvent de larges sourires.
Soudain, le garçon dit : “Il faut ...”, il s'arrêta pour vérifier qu'il avait toute son attention, alors qu'un de ses rires l'avait prise et que son regard se perdait entre la presqu'île recouverte de corail déchiqueté et les jeux indolents des ondines. “Il faut,” poursuivit-il en haussant le ton “que tu m'apportes quelque chose”. Le regard de la fille se fit interrogateur et elle cessa de s'agiter. “Quelque chose d'utile.” précisa le garçon. Elle se leva alors, passa d'un geste familier ses doigts dans le cresson roux qui frangeait le front de son camarade et s'en fut en sautillant. Ses pieds, à vifs, la faisaient encore souffrir, mais la douleur était devenu tolérable, désormais.
Ses pas la menèrent jusqu'à la hutte que ses parents avaient battis pour elle et qu'elle avait garni de toutes sortes de curiosités. “Quelque chose d'utile ...” murmura-t-elle, pensive “Et pourquoi pas ce cabanon ? Il m'a vue arrondir pour la première fois mes lèvres pour former des mots, il m'a vue me dresser sur mes jambes pour marcher. C'est un lieu familier et bon.”. Les bambous souples qui formaient les murs se mirent à gémir et les palmes qui recouvraient le toit à bruisser, comme pour lui dire : “Non. Vous n'avez pas achevé ce que vous avez commencé. Votre gâteau de sable n'est pas à l'abri des vagues jalouses ou des filles de l'eau insouciantes et cyniques. Lorsqu'il sera détruit, ton ami quittera nos murs définitivement et nous n'aurons plus qu'à devenir de pauvres morceaux de bois flotté qui iraient s'échouer sur des plages lointaines. Quant à toi, tu perdrais du même coup ta maison et ton bonheur.” La petite fille fut sensible a ces arguments et, avisant le petit carré d'azur que l'on voyait à travers la lucarne, soupira : “Ciel ! Si seulement tu pouvais me cèder ce petit morceau-là ! Il comprendrait en le contemplant que ses yeux ont un éclat plus intense encore.” Le ciel s'assombrit et se mit à gronder. Il semblait lui dire : “Ce cadeau ne lui appotera que vanité et orgueil. Il perdra l'envie de prendre ta main ou de t'accompagner dans tes jeux.” La fillette se détourna alors résolument de la lucarne et s'adressa au débris de corail pourpre qui ornait le mur. “Toi dont la beauté ne pourra que l'émouvoir. Accepte que je t'offre à lui.” Le morceau de corail tomba à terre et se brisa, comme pour lui signifier : “Je ne t'ai jamais détesté, mais tu sais que je peux te causer de la douleur. Si j'avais pu, j'aurais attenué mes asperités, ainsi que celles de tous mes semblables. Mais, je ne te veux aucun mal, et je ne veux plus que tu vienne te blesser à nos éclats tranchants. Alors soit sage, ne lui offre pas les instruments de tes souffrances”
La fille délaissa alors ce lieu qui l'avait vu grandir et retourna sur la plage. Elle se mit à lancer des pierres plattes sur les oiseaux qui volaient en cercle autour d'elle. Trop de fois, on lui avait préféré ces animaux à plumes. L'un d'eux, heurté de plein fouet par l'un de ses projectiles, tomba à terre en tournoyant. Il n'avait pas été blessé, mais la pierre l'avait légérement assomé. Honteuse, elle le ranima et s'excusa. L'oiseau lui remit alors l'une de ses plumes : “Cela n'a rien d'utile. Mais cela lui montrera que tu as pardonné.” La jeune fille remercia l'oiseau et retourna auprès du garçon.
“Prend !” dit-elle en lui tendant la plume “Car si tu la gardes auprès de toi, tu te souviendra de moi à chaque vol d'oiseau.”. Elle se plaça ensuite au plus près de la mer et commença à ériger une muraille : “Voilà ce qui nous sera utile. Voilà ce qui protégera ce que nous avons construit.”. Et, lorsque la muraille fut terminée, elle creusa des douves pour contenir l'eau salée. Enfin, elle posa la dernière poignée de sable sur leur œuvre.
Ce que cette histoire ne raconte pas, c'est ce qu'il advint de ces deux êtres et de leur gâteau. Peut-être ont -ils quitté cette plage depuis longtemps, peut-être sont'ils encore là, à consolider la muraille, ou peut-être ont ils disparu dans le cabanon, pour se protéger du soleil nu.
16:45 Publié dans Divagations merkuréenne | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : poésié, merka, croqueurs, étoiles, dionysos











Commentaires
waaaaaaaaah.....je reconnais bien là ton style. si c'était un auteur classique je péterai un câble, mais comme c'est toi j'aime, parce que j'te connais :)
Ecrit par : cailloux | 26.06.2006
Oh ma Merkure tu as un don, une facilité pour nous livrer des petites histoire féeriques pleines de tension et d'émotion! Chapeau bas!
Miiauu mmiiiiauuuuu.
Ecrit par : Insolent Vertige | 26.06.2006
Trop naze ce blog.
J'ai rarement vu quelqu'un autant se secouer la nouille en racontant autant d'âneries.
Ecrit par : la garce | 26.06.2006
aaah moi j'aime et pourtant je ne te connais pas^^
Bravo, d'habitude les histoires longues me fatiguent les yeux avant d'arriver au bout.
la garce: je vais t'enseigner quelque chose: tu vois en haut à droite de ton écran se trouve une croix rouge, tu peux cliquer dessus avec le bouton gauche de ta souris et.. magie! plus de blog pourri à l'écran! ah je sais ne me remercie pas je suis géniale.
Ecrit par : Lib | 26.06.2006
la garce : tu parles de masturbation intellectuelle ? C'est con, la masturbation rend sourd, c'est bien connu. J'ai rien entendu, donc :)
Ecrit par : merkura | 26.06.2006
C'est une hirsute la garce, voulez supprimez ce commentaire? moi je suis ok, ont peut pas laisser des inepties pareilles souiller les mots de ma Merka à moi!
Merka tu décides!
Post-lutin: j'ai rajouté quelques morceaux sur la radioblog, vous aimez bien mes chères?
Moi.
Ecrit par : Insolent Videur | 26.06.2006
Of course, I remember You.
Désolé, je ne sais pas le dire en Espagnol.
Il est bien ton blog, il a son style à lui. A ta place je mettrais une note avec une vieille date pour y mettre la radioblog et un lien depuis la page d'accueil. Là tronquée, ça donne un genre mais c'est pas top. Pareil pour le compteur, j'en chercherais avec des couleurs plus en harmonie avec tes oeuvres d'art.
Quand mets-tu un album sur Jamendo ?
C'est le truc difficile car il faut être prêt à essuyer les critiques mais c'est le seul moyen d'estimer si ta musique plaît à un public.
Et les études ?
A+
PS:
Pour le foot, je ne regarde que d'un oeil depuis les 8ème de finale si je trouve un match sur une chaîne (J'ai pas canal, j'ai pas TF1...). Mais comme beaucoup de chose, ce qui me gave le plus c'est l'injustice. Le penalty pour l'Italie est particulièrement injuste.
Ecrit par : bee_human | 26.06.2006
Mouais! le foot, moi je ragarde jamais! Heuuuu mais ouiiiiiiinn on véra pour jamendo, j'avais pas y pensé! T'en fais pas pour la présentation on aime bien comme ça (on est pas maniaques comme toi^^).
En tout cas c'est bien cool d'être passé l'huma, c'est quand même grâce à toi que j'ai su mettre cette fichue radioblog!
See ya.
Ecrit par : Insolent Verlaine | 26.06.2006
Perso, je pense que la garce, c'est plus une hirsutomane, soucieuse de plaire à ses idoles. M'enfin, quand on trouve quelque chose n'a pas grand intérêt, on ne s'en préoccupe pas.
Ecrit par : merkugroupie | 27.06.2006
Et pis pourquoi c'est toujours sur MES textes qu'ils viennent cracher leur bile ? C'est pô juste.
Ecrit par : merkantulipe | 27.06.2006
C'est la première fois que je viens sur ce blog. Et franchement, le texte, bravo, c'est vraiment un très joli texte.
---> Merci pour le commentaire, Insolent Verlaine. O_o
Ecrit par : Drops | 27.06.2006
ça me rappel une amieeeeeeeee!!
hahahaha
Ecrit par : katim3 | 28.06.2006
très bien
Ecrit par : azazel | 28.06.2006
c'est quoi se truk de "hirsut"? jcrois qu'on va me répondre : dictionnaire - -' non?
Ecrit par : inutile | 30.06.2006
Inutile tu portes bien ton pseudo (ouga ouga).
Ecrit par : Insolent Verlainnnnnnn | 30.06.2006
Doucement verlain, je crois que je sais qui c'est. ^_^
Hirsute c'est un autre collectif avec lequel nous avons eut quelques ... altercations.
Bon, mais ton commentaire c'est vrai que bon ... il sert pas à grand chose. D'ailleurs, on est pas là pour commenter les commentaires ... *regarde ailleurs et prend un air innocent*
Ecrit par : merku | 01.07.2006
HEY JE N AI JAMAIS ECRIT CE COMMENTAIRE!!!!!
Ecrit par : LA GARCE | 17.07.2006
On s'en balance.
Ecrit par : merku | 17.07.2006
Je le crois Merka, c´etait un H qui se passait pour lui......... mais vraiment on s'en balance, ne revenez plus sur eux.
Bien à vous.
Ecrit par : Insolent V | 19.07.2006
Les commentaires sont fermés.